ACTUALITÉ BTP · 04/11/2026

Gaz interdit dans le neuf dès 2027 : quelles solutions pour remplacer les chaudières ?

Le gouvernement veut accélérer l'électrification du chauffage : fin des chaudières à gaz dans la construction neuve à compter du 1er janvier 2027. Si la pompe à chaleur s'est imposée dans le logement individuel neuf, les solutions de remplacement sont moins évidentes dans le collectif.

Gaz interdit dans le neuf dès 2027 : quelles solutions pour remplacer les chaudières ?

Le gouvernement veut accélérer l'électrification du chauffage. Parmi les mesures annoncées le 10 avril 2025 par Sébastien Lecornu, alors Premier ministre, figure la fin des chaudières à gaz dans la construction neuve à compter du 1er janvier 2027. Une décision qui pourrait concerner bien davantage que les maisons individuelles et qui pose plusieurs questions aux fabricants, aux concepteurs et aux promoteurs. Car si la pompe à chaleur s'est imposée dans le logement individuel neuf, les solutions de remplacement sont moins évidentes dans le collectif.

Chaudières gaz : un débouché supplémentaire qui disparaît

Le 10 avril 2025, Sébastien Lecornu a présenté plusieurs orientations pour accélérer la décarbonation du bâtiment. Le gouvernement entend notamment mettre fin à l'installation de chaudières à gaz dans la construction neuve à partir du 1er janvier 2027, engager la sortie du gaz pour deux millions de logements sociaux d'ici à 2050 et maintenir l'objectif d'un million de pompes à chaleur fabriquées et installées chaque année à l'horizon 2030.

La portée exacte de l'interdiction annoncée reste toutefois un point à préciser. Le discours ne détaille pas explicitement les catégories de bâtiments concernées. La mesure pourrait dépasser le seul logement individuel et s'étendre aux logements collectifs, aux bâtiments tertiaires, voire à d'autres constructions neuves. Il convient donc de distinguer l'orientation annoncée des modalités réglementaires qui doivent en définir l'application.

Pour les fabricants de chaudières, l'enjeu est loin d'être anecdotique. Selon les statistiques d'Uniclima, le marché français des chaudières gaz et fioul a représenté 422 000 appareils en 2025. Une grande partie de ces ventes concerne la rénovation, mais la construction neuve constitue encore un débouché pour les équipements gaz.

Les données du SDES indiquaient qu'en 2020, dernière année mentionnée dans les chiffres de l'article source, 22 % des logements neufs étaient chauffés au gaz. Sur cette base, l'arrêt des installations dans le neuf pourrait représenter plusieurs dizaines de milliers de chaudières en moins chaque année, de l'ordre de 60 000 à 65 000 appareils selon l'estimation avancée par Pascal Poggi.

Le marché ne se reporterait pas intégralement sur une seule technologie. Les solutions envisageables comprennent les pompes à chaleur, les équipements électriques directs, la production d'eau chaude sanitaire thermodynamique et le raccordement aux réseaux de chaleur. Le solaire thermique pourrait également contribuer à certains projets, même si la filière connaît des difficultés commerciales depuis plusieurs années.

La pompe à chaleur s'impose en maison individuelle, moins en collectif

Dans la maison individuelle neuve, la pompe à chaleur est déjà largement installée dans le paysage. Les exigences de la réglementation environnementale RE2020 ont accéléré le recul des solutions fossiles et favorisé les équipements électriques performants.

Le logement collectif pose un problème différent. Installer une pompe à chaleur individuelle dans chaque appartement suppose de disposer de suffisamment d'espace pour les équipements, de gérer les contraintes acoustiques et de trouver une solution adaptée à l'implantation des unités extérieures. Des systèmes conçus pour être installés à l'intérieur commencent à apporter des réponses, mais leur diffusion reste à suivre.

Les PAC collectives ne constituent pas non plus une réponse automatique. Leur pertinence dépend de la conception du bâtiment, du mode de distribution du chauffage et des choix du maître d'ouvrage. Dans un contexte où les opérations neuves privilégient différentes solutions décentralisées, leur déploiement peut se heurter à des contraintes techniques et économiques. Le raccordement à un réseau de chaleur reste une option importante lorsque celui-ci est disponible et que le projet s'y prête.

L'enjeu pour les bureaux d'études et les concepteurs sera donc de choisir une solution compatible avec la RE2020, mais aussi avec les contraintes réelles du bâtiment : place disponible, besoins de chauffage, eau chaude sanitaire, maintenance et coût global d'exploitation.

Logements sociaux : remplacer le gaz, bâtiment par bâtiment

Le deuxième objectif annoncé par le gouvernement concerne deux millions de logements sociaux qui doivent abandonner le gaz d'ici à 2050. Les solutions ne seront pas les mêmes selon le système de chauffage en place et la configuration des immeubles.

Lorsqu'un réseau de chaleur passe à proximité, le raccordement peut constituer une option. Dans les ensembles équipés d'une chaufferie collective, le remplacement des chaudières par des pompes à chaleur collectives peut également être étudié, sous réserve de la faisabilité technique du projet et des températures nécessaires au réseau de chauffage.

Certains fabricants développent justement des équipements adaptés à ces usages. Intuis propose notamment des pompes à chaleur air/eau gainables conçues pour le collectif et capables de fonctionner à haute température. Ce type de matériel peut faciliter la rénovation de bâtiments existants, où les émetteurs et les réseaux ne sont pas toujours adaptés aux régimes de température des installations les plus récentes.

La situation est plus complexe dans les immeubles où chaque logement dispose de sa propre chaudière murale au gaz. La sortie du gaz suppose alors de trouver une solution individuelle compatible avec les contraintes d'espace et d'installation des appartements. Les pompes à chaleur intérieures pourraient jouer un rôle dans cette transition.

Deux exemples ont été présentés au salon Nordbat, à Lille : le Zé7 d'Intuis et le NanoClima HDX de Domusa Teknik. Le Zé7 est une PAC monobloc air/eau utilisant le fluide frigorigène R290, conçue pour assurer le chauffage, le rafraîchissement et la production d'eau chaude sanitaire. Le NanoClima HDX a, de son côté, été annoncé en version chauffage seul, avec une déclinaison intégrant la production d'eau chaude sanitaire prévue en 2026.

Ces appareils illustrent la recherche de solutions capables de s'intégrer dans des logements où l'installation d'une unité extérieure classique est difficile. Leur intérêt dépendra toutefois des caractéristiques de chaque bâtiment, de la place disponible et des conditions de mise en œuvre.

Un million de pompes à chaleur par an : un objectif industriel ambitieux

Le gouvernement maintient par ailleurs l'objectif d'un million de pompes à chaleur fabriquées et installées chaque année d'ici à 2030. Les chiffres d'Uniclima pour 2025 montrent cependant que le marché français rassemble des technologies aux réalités industrielles très différentes.

En 2025, 179 377 pompes à chaleur air/eau ont été installées en France, auxquelles s'ajoutent 2 513 PAC géothermiques. Les ventes de PAC air/air ont, elles, atteint 803 661 unités.

Ces volumes ne doivent pas être confondus avec la production française. Les pompes à chaleur air/eau et géothermiques sont fabriquées notamment par des industriels implantés en France, tandis que le marché des systèmes air/air dépend largement d'équipements importés, principalement d'Asie et d'Europe de l'Est. La localisation de la production varie néanmoins selon les fabricants et les gammes.

Atteindre un million d'appareils fabriqués et installés en France implique donc de préciser ce que recouvre exactement l'objectif : quels types de pompes à chaleur sont concernés, quelle part doit être produite sur le territoire et comment développer les capacités industrielles sans déconnecter les prix des réalités du marché.

La question est stratégique. Une hausse des installations ne garantit pas à elle seule une hausse équivalente de la production française. Pour renforcer la filière, les capacités de fabrication, les approvisionnements en composants et la compétitivité des équipements devront suivre.

Le chauffage électrique doit encore trouver sa place dans le neuf

La sortie du gaz dans la construction neuve accélère une évolution déjà engagée, mais elle ne règle pas la question du choix des équipements. Dans la maison individuelle, la pompe à chaleur dispose d'une place bien établie. Dans le collectif et le tertiaire, les contraintes d'intégration, de puissance et de distribution thermique imposent des réponses plus diversifiées.

Les industriels et les bureaux d'études devront donc développer ou adapter des solutions électriques compatibles avec les exigences de la RE2020, tout en tenant compte des coûts d'investissement, de l'entretien et des besoins réels des occupants.

L'échéance de 2027 constitue ainsi un signal fort pour la filière. Son impact dépendra cependant du périmètre exact de l'interdiction, de ses modalités réglementaires et de la capacité du marché à proposer des équipements adaptés à toutes les typologies de bâtiments.

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