ACTUALITé BTP · 12/10/2026

Crise du bâtiment : ce que les candidats à la présidentielle proposent aux artisans et aux entreprises du BTP

Le 28 septembre 2026, au Paris Builders Show de Batimat, Marine Le Pen, Gabriel Attal et Jean-Luc Mélenchon ont présenté leurs pistes pour relancer le bâtiment. Urbanisme, rénovation énergétique, formation, commande publique : ce qui pourrait changer pour les artisans et les entreprises du BTP.

Crise du bâtiment : ce que les candidats à la présidentielle proposent aux artisans et aux entreprises du BTP

Le secteur du bâtiment attend des réponses concrètes. Après plusieurs années difficiles pour la construction neuve, les entreprises doivent composer avec un marché sous tension, des contraintes réglementaires nombreuses et une incertitude persistante sur les dispositifs d’aide à la rénovation. C’est dans ce contexte que Marine Le Pen, Gabriel Attal et Jean-Luc Mélenchon se sont succédé, le 28 septembre 2026, sur la scène du Paris Builders Show, organisé à l’occasion de Batimat.

Invités à répondre aux questions des représentants de la Fédération française du bâtiment (FFB), de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB) et d’Uniclima, les trois intervenants ont exposé des orientations différentes pour relancer la construction et soutenir les entreprises. Aucun débat contradictoire n’était organisé, mais les échanges ont permis de distinguer plusieurs pistes susceptibles d’influencer, à terme, les conditions d’exercice des professionnels du BTP.

Marine Le Pen veut alléger les contraintes qui pèsent sur la construction

Pour Marine Le Pen, la relance du bâtiment passe d’abord par une simplification des règles et une plus grande liberté laissée aux acteurs locaux. La représentante du Rassemblement national a défendu la nécessité de « libérer l’acte de construire », estimant que l’accumulation des contraintes réglementaires freine la production de logements et complique le travail des professionnels.

Son programme prévoit notamment la suppression du dispositif ZAN (Zéro Artificialisation Nette), une révision de la loi SRU relative aux obligations de logements sociaux et un assouplissement de plusieurs règles encadrant l’urbanisme. Elle souhaite également que les décisions relatives aux besoins en logements soient davantage prises à l’échelle des territoires, plutôt qu’imposées depuis Paris.

Pour les entreprises, ces orientations touchent directement aux conditions de réalisation des chantiers. L’accès au foncier, les règles d’urbanisme et les délais administratifs peuvent peser sur le lancement des opérations, avec des conséquences sur les commandes des artisans et la visibilité des entreprises qui interviennent en sous-traitance.

La rénovation énergétique constitue un autre volet de son intervention. Critique à l’égard du diagnostic de performance énergétique (DPE), qu’elle juge « absurde », Marine Le Pen souhaite revoir en profondeur le système actuel d’aides. Son dispositif « 100 % Rénov » reposerait sur un mécanisme de prêt adossé au logement, appelé à remplacer la logique de subvention qu’incarne notamment MaPrimeRénov’.

La candidate a enfin insisté sur la revalorisation des métiers manuels, la formation professionnelle et la réindustrialisation. Elle considère les chambres de métiers et de l’artisanat comme des acteurs centraux pour accompagner les entreprises et favoriser la transmission des savoir-faire.

Gabriel Attal mise sur la visibilité et la formation

De son côté, Gabriel Attal a défendu une stratégie articulée autour de trois priorités : relancer simultanément l’offre et la demande de logements, donner davantage de stabilité à la rénovation énergétique et mieux préparer les jeunes aux métiers du bâtiment.

L’ancien Premier ministre est revenu sur plusieurs mesures engagées durant son passage à Matignon, notamment sous l’impulsion de Guillaume Kasbarian, alors chargé du Logement, qu’il estime avoir été interrompues par la dissolution de l’Assemblée nationale. Il souhaite reprendre cette dynamique pour débloquer le marché immobilier et faciliter la construction.

Sur le terrain réglementaire, Gabriel Attal défend notamment une simplification du ZAN. Il propose également d’intégrer le logement intermédiaire dans le calcul des quotas de logements sociaux imposés aux communes, le but étant de faciliter la production de logements tout en élargissant les possibilités d’accès au parc locatif.

La rénovation énergétique représente un autre enjeu majeur. Plutôt que de multiplier les modifications successives des règles et des aides, il plaide pour une loi de programmation donnant aux ménages et aux entreprises une visibilité sur cinq ans. Pour les artisans qui investissent dans du matériel, recrutent ou développent une activité spécialisée, la stabilité des dispositifs constitue un facteur déterminant : elle permet d’anticiper les besoins, de structurer les équipes et de limiter les décisions prises dans l’urgence.

Le coût du travail figure également parmi ses préoccupations. Gabriel Attal estime que le bâtiment souffre de charges trop élevées et défend le principe du « droit au brut », destiné à faire bénéficier directement les salariés de certaines baisses de prélèvements sous la forme d’une rémunération accrue.

Enfin, il propose un pacte sur les compétences pour mieux former les jeunes aux métiers du secteur et annonce un plan d’investissement dans la géothermie, d’une ampleur comparable, selon lui, à l’effort engagé pour le nucléaire. Ce développement viserait notamment à renforcer les solutions de chauffage et de rafraîchissement des logements et des équipements publics.

Jean-Luc Mélenchon défend un investissement public massif

Jean-Luc Mélenchon propose une autre voie, fondée sur le retour de l’investissement public et la planification de la production. Venu présenter son « plan d’investissement productif BTP/Logement », le représentant de La France insoumise a critiqué une approche du logement qu’il résume par cette formule : « il y a eu l’idée que le logement était un marché et seulement ça ».

Il avance plusieurs objectifs chiffrés : produire 400 000 logements, réaliser 700 000 réhabilitations et créer 300 000 emplois. Pour atteindre ces volumes, il entend s’appuyer sur des contrats passés avec les organisations professionnelles, plutôt que sur de simples engagements politiques. « Je ne fais pas de promesses, je veux passer des contrats avec les organisations professionnelles », a-t-il déclaré.

Cette méthode vise à donner aux entreprises une meilleure visibilité sur les volumes de travaux à venir. Pour les artisans et les PME du bâtiment, l’enjeu serait de pouvoir anticiper leur activité et leurs besoins en main-d’œuvre, à condition toutefois que les objectifs annoncés se traduisent en financements, en opérations programmées et en commandes effectives.

Jean-Luc Mélenchon souhaite également réformer la filière de responsabilité élargie du producteur pour les produits et matériaux de construction du bâtiment (REP PMCB). Il entend revoir son fonctionnement, notamment en matière de collecte des déchets, afin de faciliter l’accès des professionnels aux points de dépôt et de développer les circuits de réemploi et de recyclage. Ce sujet concerne directement les entreprises, confrontées aux difficultés de collecte et aux coûts associés à l’évacuation des déchets de chantier.

La formation figure aussi au cœur de son programme. Sans remettre en cause le principe de l’apprentissage, il veut lutter contre les formations qu’il juge insuffisamment qualifiantes et privilégier des parcours permettant aux jeunes d’acquérir de véritables compétences professionnelles et de progresser dans leur métier.

Pour les entreprises du BTP, la priorité reste de retrouver de l’activité

Au-delà des divergences politiques, les trois interventions ont mis en lumière des préoccupations communes : produire davantage de logements, accélérer la rénovation, faciliter les démarches administratives et répondre aux difficultés de recrutement.

Les solutions avancées diffèrent cependant sensiblement. Marine Le Pen privilégie l’allègement des contraintes réglementaires et une plus grande autonomie locale. Gabriel Attal insiste sur la relance simultanée de l’offre et de la demande, la stabilité des dispositifs et la formation. Jean-Luc Mélenchon mise davantage sur la commande publique, la planification et des engagements contractuels avec la filière.

Pour les entreprises, la question dépasse les annonces de campagne. Une modification des règles d’urbanisme, une évolution des aides à la rénovation ou un plan de construction ne produisent d’effets que lorsqu’ils se traduisent concrètement par des projets lancés, des marchés attribués et des chantiers financés. Dans un secteur où les carnets de commandes conditionnent les embauches, les investissements matériels et la trésorerie, la visibilité reste donc essentielle.

Le Grand Oral de Batimat aura permis de replacer ces enjeux au cœur du débat politique.

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