ACTUALITé BTP · 15/10/2026

URSSAF : 3 nouvelles règles qui peuvent coûter cher aux entreprises du BTP

Flagrance sociale, contrainte exécutable en deux jours, contrôle continu des sous-traitants : la loi du 25 juin 2026 accélère le recouvrement de l’URSSAF. Ce qui change et comment vous y préparer.

URSSAF : 3 nouvelles règles qui peuvent coûter cher aux entreprises du BTP

Adoptée cet été, la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 contre les fraudes sociales et fiscales donne à l’URSSAF des moyens d’agir beaucoup plus vite lorsqu’elle soupçonne du travail dissimulé. Pour une entreprise du bâtiment, le risque ne se limite pas à l’emploi « au noir » : un statut d’indépendant mal choisi, un sous-traitant mal suivi ou un lien de subordination contesté suffisent à ouvrir un dossier. Voici les trois changements à connaître, et ce que vous pouvez faire dès maintenant pour ne pas être pris de court.

1. La flagrance sociale : l’URSSAF pourra bloquer des sommes sans attendre

Jusqu’ici, l’organisme devait en principe aller au bout de la procédure de redressement avant de sécuriser sa créance. Avec la nouvelle « flagrance sociale », l’agent qui constate du travail dissimulé pourra dresser un procès-verbal spécifique s’il estime que le paiement des cotisations est menacé. Ce procès-verbal chiffrera les sommes en jeu.

Sur cette base, le directeur de l’organisme pourra prendre des mesures conservatoires sans demander l’accord préalable d’un juge. Autrement dit, des sommes peuvent être immobilisées alors que le fond du dossier n’est pas encore jugé. L’entreprise pourra contester, mais son recours ne suspendra pas la mesure.

Calendrier : un décret doit préciser la procédure, qui s’appliquera au plus tard le 1er janvier 2027.

2. La contrainte : payable en deux jours, même si vous la contestez

La contrainte est le titre qui permet à l’URSSAF de recouvrer une dette sociale sans passer par un procès classique. Nouveauté : lorsqu’elle porte sur des sommes redressées pour travail dissimulé, elle deviendra exécutoire à titre provisoire deux jours calendaires après sa notification ou sa signification. Former opposition devant le tribunal judiciaire ne bloquera plus automatiquement son exécution.

Pour l’arrêter, il faudra prouver deux choses à la fois : un argument sérieux pour faire annuler la contrainte, et un risque de conséquences « manifestement excessives » pour l’entreprise (la formule de la loi). Ces conditions sont cumulatives, ce qui laisse peu de marge.

Pour une PME du bâtiment, déjà soumise aux retenues de garantie, aux acomptes en retard et aux salaires à verser chaque mois, un redressement exigible en quelques jours peut vite mettre la trésorerie dans le rouge. Le bon réflexe : noter la date de réception de toute contrainte et appeler votre conseil le jour même, sans attendre le prochain rendez-vous avec le comptable.

Calendrier : application à une date fixée par décret, au plus tard le 1er janvier 2027.

3. Maîtres d’ouvrage : surveiller les sous-traitants jusqu’à la fin du contrat

C’est sans doute le changement le plus concret au quotidien. Le maître d’ouvrage devra vérifier régulièrement, et jusqu’à la fin du contrat de sous-traitance, que l’entreprise qu’il a agréée comme sous-traitant reste en règle avec ses obligations contre le travail dissimulé. Le contrôle au moment de la signature ne suffira plus.

La règle vaut pour les marchés privés comme pour les marchés publics. Seul le particulier qui fait travailler pour lui-même ou ses proches en est dispensé. Le maître d’ouvrage sera considéré comme en règle s’il obtient les documents prévus par décret et s’assure qu’ils sont authentiques : on ne lui demande pas de mener une enquête, mais de pouvoir prouver ses vérifications.

Attention à une idée qui circule : la loi ne fixe pas de seuil de 5 000 euros. Elle vise les contrats d’un « montant minimal » qui sera précisé par décret, tout comme la liste des pièces à réclamer.

Calendrier : à une date que fixera un décret, et au plus tard dans les six mois suivant la publication de la loi, donc avant la fin de l’année 2026.

Les chaînes de sous-traitance à plusieurs niveaux également visées

La loi cible aussi les chaînes de sous-traitance à plusieurs niveaux, fréquentes sur les chantiers et accusées de diluer les responsabilités. Le message aux entreprises principales est clair : il faut savoir précisément qui intervient sur vos chantiers, y compris au deuxième ou au troisième rang, et dans quelles conditions.

Ce que vous pouvez faire dès cette semaine

Les décrets ne sont pas tous parus, inutile donc de tout réorganiser. Mais mettre de l’ordre dans vos dossiers de sous-traitance maintenant vous évitera la course le jour d’un contrôle. Pour chaque sous-traitant, vérifiez que vous retrouvez en quelques minutes :

  • le contrat signé et l’acte d’acceptation ;
  • ses documents d’identification (Kbis ou inscription au répertoire des métiers) ;
  • ses attestations de vigilance URSSAF à jour, avec leur date de validité ;
  • la trace de leur vérification (consultation en ligne de l’attestation) ;
  • la date de chaque contrôle effectué.

Désignez une personne responsable de ce suivi et programmez un rappel avant l’expiration de chaque attestation : la vigilance périodique imposée aux maîtres d’ouvrage se répercutera sur les entreprises qui travaillent pour eux.

Garder une trésorerie lisible, la meilleure protection

Ces nouvelles règles ont un point commun : elles raccourcissent les délais. Une entreprise qui connaît à tout moment ce qu’elle a facturé, encaissé et ce qui reste à payer réagit plus vite et négocie mieux un échéancier. Avec ZOOMBAT, vos devis, factures d’acompte et situations de travaux sont suivis au même endroit, ce qui vous donne une vision claire de vos encaissements à venir.

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Article rédigé d’après l’analyse de François Taquet. Il présente les grandes lignes de la loi et ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation.

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